Rencontre avec un auteur de jeux : Bruno Cathala

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Lors du salon du jeu d’Essen (Allemagne), les créateurs français ont été mis à l’honneur et tout particulièrement Bruno Cathala. Ces jeux Abyss et Five Tribes, tous deux sortis en septembre, figuraient dans le top 12 des deux classements du salon, le geekbuzz réalisé par Board game geek et le classement Fairplay. La Taverne du Gobelin Farci a rencontré cet auteur de talent.

TGF. Pourquoi avoir commercialisé en même temps les jeux Abyss et Five Tribes ?

Bruno Cathala. « Je n’avais pas programmé les choses de cette manière. Ce sont les calendriers des éditeurs qui se sont croisés à cause de certains imprévus. Cela n’a pas été simple pour moi car à chaque sortie, je dois effectuer un travail de terrain, faire de la promotion pour chaque jeu. Il a donc fallu que je sois très attentif à traiter les deux jeux à part égale. »

TGF. Le Petit Prince vient d’être élu « jeu de l’année 2014 » en Italie. Quel effet cela vous fait-il ?

B.C. « Les créateurs de jeux ne sont pas à la recherche de bons points. Mon objectif est de créer des jeux que j’ai envie de jouer moi-même. Après, recevoir un prix est le témoignage que l’on est sur le bon chemin. »

TGF. Pourriez-vous nous parler de votre dernier jeu, Dragon Run ?

B.C. « Je l’ai créé avec Ludovic Barbe que j’ai rencontré à Paris lors d’une émission WebTV. Nous avons joué à Pan t’es mort. La mécanique m’a séduit et j’ai voulu en faire autre chose. Ca a donné Dragon Run, un jeu de récréation à l’apéro ou en fin de soirée. En plus, les illustrations réalisés par Vincent Dutrait sont magnifiques. Pour l’histoire, au début de la partie, les aventuriers ont déjà trouvé le trésor et ils se le sont réparti de manière plus ou moins équitable. Le problème est qu’ils ont réveillé le dragon. Il faut donc sortir sans se faire cramer… Au programme, du hasard et du pourrissement mutuel ! »

TGF. Selon vous, qu’est-ce qui fait qu’un jeu est intéressant ?

B.C. « Pour moi, un jeu est bien lorsque j’ai envie d’y rejouer après une première partie. C’est très facile de faire un jeu qui fonctionne mais il ne dégage pas forcément d’excitation, de petite étincelle. Il ne suffit pas seulement d’une bonne mécanique. Cette dernière est au service de l’émotion et non l’inverse. »

TGF. D’où vient votre passion pour les jeux de société ?

B.C. « Quand j’étais petit, mes parents n’avaient pas le temps de jouer. Je tombe véritablement dans la potion en découvrant un soir chez des amis Richesse du Monde. Adolescent, j’étais plutôt jeux classiques comme les échecs, les dames ou encore Otello. A mes 18 ans, des amis m’ont offert la revue Jeux et stratégie dans lequel j’ai découvert les jeux de société moderne comme Fief. Ce dernier a gagné un prix avant même d’être distribué ! C’est à ce moment là que j’ai su que je voulais devenir créateur de jeu moi aussi. Bien sûr, je ne pensais pas en vivre professionnellement parlant. C’était avant tout une passion. Je ne m’y serais jamais lancé si je n’avais pas perdu mon emploi. »

TGF. Peut-on aujourd’hui dire que vous vivez de vos jeux ?

B.C. « En effet, à l’heure actuelle, tous mes revenus viennent du jeu de société. Mais les royal ties qui s’élèvent à 60 % de mes revenus ne sont pas suffisants pour me permettre d’en vivre. Le reste vient des prestations que j’effectue autour du jeu. Je suis parfois vendeurs en magasin, je crée également sur cahier des charges des jeux de formation pour les entreprises qui ne seront jamais commercialisés, les éditeurs me demandent également de mettre à profit mes talents de développeurs afin d’affiner le prototype d’un créateur ou bien d’en prendre en charge la fabrication. Sans ça, je ne pourrais pas vivre convenablement. »

TGF. Avec quel auteur aimeriez-vous travailler un jour ?

B.C. « Rob Daviau, le créateur de Risk Legacy, et Richard Garfield (ndlr. Auteur de Magic The Gathering et du récent King of New York). Mais peu importe la notoriété de la personne. Pour pouvoir créer un jeu à deux, il me faut un double coup de coeur : sur le projet et sur mon collaborateur. »

TGF. Quel est votre jeu préféré ?

B.C. « Je ne pourrais jamais me lasser de Magic The Gathering. C’est un jeu tellement monstrueux ! Il a modifié à l’échelle mondiale le paysage ludique. »

TGF. Et parmi ceux que vous avez créé ?

B.C. « Difficile de répondre… C’est comme si vous demandiez à une mère lequel de ses enfants elle préfère. »

TGF. Vous avez créé de nombreux jeux pour deux. Ils sont portant rares sur le marché…

B.C. « J’ai longtemps jouer à des jeux pour deux comme les échecs ou Otello. Ma structure mentale a du être programmer de cette manière-là ! Il y a un vrai marché pour jouer en couple mais les éditeurs sont frileux, c’est dommage. D’après eux – ce qui n’est pas faux – six mois après sa sortie, un jeu ne se transmet que par contamination virale. Il faut donc une chaîne de joueurs la plus large possible. Une joueur qui initie quatre de ses amis à un jeu fait quatre potentiels acheteurs. A deux, la chaîne est trop petite. Même si un jeu est excellent, il y a trop de risques aux yeux des éditeurs. »

TGF. Avez-vous prévu d’autres jeux pour les mois à venir ?

B.C. « Il va falloir attendre l’année prochaine pour voir sortir Raptor, un jeu asymétrique pour deux aux éditions Matagot, conçu avec Bruno Faidutti. La mécanique est simple : il y a deux camps, les scientifiques qui pratiquent un jeu d’encerclement et les raptors qui sont plus dans la logique du jeu de course. Sont également prévus une réédition de Planète Rouge aux Etats-Unis et une extension pour Abyss. J‘aimerais aussi commencer à travailler sur une extension pour Five Tribes. »

Propos recueillis par Mimine la Tavernière

A lire : le compte-rendu de Bruno Cathala sur Essen 2014.

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